La madone à l’œillet
Cette Vierge de petit format
est reconnue comme étant le première œuvre autonome de Léonard.
Le tableau a sans doute été réalisé durant
la période où Léonard était encore à
l’atelier de Verrocchio. On y reconnaît des éléments
de la peinture flamande primitive, telles les petites colonnes du plan
intermédiaire et le paysage de l’arrière-plan. On y observe
aussi nettement – dans la représentation de la Vierge et de l’Enfant
Jésus – les formules de composition en vigueur dans l’atelier de
Verrocchio.
Ces madones, objets de dévotion
privés et destinés à décorer les foyers, constituaient
un genre largement répandu à Florence au 15e siècle.
A côté de la
relation emplie de tendresse entre la Vierge et l’Enfant, Léonard
représente dans un langage symbolique les croyances chrétiennes.
L’élément
symbolique reliant les deux personnages est l’œillet aux pétales
cruciformes, que Marie tient délicatement entre deux doigts et que
l’Enfant Jésus, le visage grave, cherche à attraper. Le regard
et les bras de l’Enfant, qui semble prendre conscience du drame de sa destinée,
se tourne vers la fleur – symbole conventionnel de sa futur Passion. L’expression
craintive de Jésus contraste avec la tension vers l’objet de son
désir. Réalité et symboles son souvent construits
par Léonard sur l’équilibre des polarités opposées.
En cela, le peintre a su renouveler profondément l’iconographie
: nature et symbole ne s’étaient jamais unis aussi intimement.
L’œillet et le vase de cristal,
éléments difficiles à représenter, montrent
le talent de l’artiste. De même, le drapé sur les genoux de
la Vierge : réalisé magistralement, son coloris intense anime
le premier plan du tableau très sombre et peu dynamique.
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