L’Annonciation
Dans la composition du retable
de grand format, Léonard a repris en grande partie les représentations
conventionnelles du 15e siècle : l’archange Gabriel est agenouillé
dans le jardin de la Vierge ( Jacques apocryphe 11, Luc 1 : 26 – 38 ),
qui, assise au pupitre apprend qu’elle a été choisie pour
mettre au monde le fils de Dieu.
La scène est flanquée
à droite d’un édifice contemporain, un mur à mi-hauteur
délimitant le centre est interrompu par un petit passage. Cette
ouverture, qui sert de fond au geste de salut de Gabriel et au lys ( symbole
de la pureté de Marie ) dans sa main gauche, permet de voir un sentier
se perdant dans la profondeur du tableau. La silhouette d’une petite forêt
et les montagnes à l’horizon se découpent nettement sur le
ciel lumineux, formant ainsi l’arrière-plan du tableau.
La robe de l’ange, coupée
par le bord gauche du tableau, suggère une continuité entre
l’espace peint et l’espace réel.
Après avoir consacré
de nombreux dessin préparatoires à l’étude de la position
et de l’expression des personnages, et avoir analysé les moindres
détails du paysage et des éléments de perspective,
Léonard organise l’espace pictural. Il le subdivise en autant de
parties égales, créant ainsi un schéma à l’intérieur
duquel il dispose les différents éléments du tableau.
Cette scène est organisée
de manière régulière, les zones vides créées
par les paysages alternant avec les zones occupées par les personnages.
Les mouvements ont le rythme d’une phrase musicale : au geste de l’ange
qui lève le bras en signe de bénédiction, correspond
celui de la Vierge qui, surprise, lève la main en reculant.
Léonard a organisé
la scène à l’intérieur d’une structure de formes géométriques.
Ce sont les éléments mêmes du tableau qui nous guident
dans la lecture de ce schéma. Les cyprès, répartis
à égale distance les uns des autres, divisent la surface
en cinq rectangles égaux ; les personnages, inscrits dans des triangles,
occupent respectivement le premier et les deux derniers rectangles, créant
à leur tour une succession de cinq triangles.
L’Annonciation n’est pas
unanimement attribuée à Léonard. Le seul fait sur
lequel les chercheurs sont d’accord est que la composition du tableau rectangulaire,
l’archange annonciateur Gabriel ainsi qu’une partie du paysage, sont de
la main de Léonard. Il existe effectivement une étude préliminaire
du bras droit de Gabriel par l’artiste.
Les montagnes bleuissantes
dans la brume matinale du paysage de l’arrière-plan évoquent
aussi la facture du jeune peintre florentin, qui reprendra souvent ce thème
dans ses œuvres ultérieures. On remarque particulièrement
ici la virtuosité dont fait preuve le peintre avec des éléments
comme l’eau, l’air et la lumière qui forment à l’arrière-plan
une atmosphère de plus en plus dense autour des contreforts escarpés
des chaînes de collines et de cimes aux traits alpins.
Léonard décrira
plus tard des phénomènes identiques à plusieurs endroits
de son traité de la peinture, quand il mentionne le charme particulier
de la montagne et de la mer réunis à l’horizon : «
De tels horizons apportent à la peinture une grande beauté
dans l’aspect. il faut bien entendu mettre en place des deux côtés
quelques montagnes qui se confondent les unes derrière les autres,
avec des couleurs en dégradés, comme l’exige la disposition
du dégradé des couleurs à de grandes distances ( fol.
283v ). »
Il semblerait que plusieurs
parties du tableau ont été retouchées par quelqu’un
d’autre, par exemple les ailes de l’archange.
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