Saint Jérôme
Bien que resté inachevé,
ce tableau légèrement endommagé au fil des siècles,
donne un aperçu de l’idée initiale de Léonard.
Le saint est représenté
comme un pénitent dans le désert, ici suggéré
par un sobre paysage aux quelques formations rocheuses. Saint Jérôme,
l’air douloureux, est agenouillé presque au centre du tableau. Sa
main gauche, tournée vers le corps, touche l’ourlet de l’habit ouvert,
alors que sa main droite tient une pierre et s’apprête à porter
un coup. On reconnaît sur la poitrine maigre et osseuse, un endroit
plus sombre, près du cœur – sans doute une blessure sanglante que
le saint s’est faite en pénitence. Un lion allongé juste
devant saint Jérôme – son animal domestique et attribut, parce
qu’il lui avait enlevé une épine de la patte – semble assister
aux événements, la gueule béante.
Le visage de saint Jérôme
apparaît de trois quarts : émacié, tendu, il atteste
l’attention portée par le peintre à l’étude de la
mimique faciale. Le sens de l’imploration qu’il communique est renforcé
par la posture du corps. La présence du visage est très forte,
sur le fond noir de la grotte qui ferme le paysage rocheux, voilé
de brume.
Le temple fournit l’orientation
perspective de la scène, en suggérant le point de vue de
référence, également pour l’observation du saint.
Le regard de saint Jérôme
est dirigé, de manière presque imperceptible, vers un crucifix
érigé parallèlement au bord droit du tableau. Il met
ainsi sa propre souffrance de pénitent en relation avec la Passion
du Christ et donc la souffrance du Messie.
Dans sa conception de saint
Jérôme, Léonard formule des idées artistiques
qui l’occuperont plus tard aussi du point de vue théorique et ‘scientifique’.
Le personnage correspond au genre le plus simple de motif « en mouvement
» que l’on étudiait dans les ateliers d’artistes : l’orant.
des figurines en terre ou en bois servaient de modèle aux exercices
de dessin des apprentis. En outre, Léonard thématise avec
saint Jérôme des idées plus avancées. Dans l’expression
de la souffrance du saint se reflètent les idées contemporaines
concernant la physionomie et la physiologie, que l'artiste transcrira et
développera quelques années plus tard. On peut également
reconnaître, dans la représentation des muscles et des tendons
des épaules et du cou, l’intérêt de Léonard
pour l’aspect anatomique du corps humain.
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